Vers une tarification dynamique pour le prix des billets de concert ? Le syndicat Ekhoscènes ouvre le débat
Le sujet des prix des billets de concert est au cœur des discussions depuis plusieurs années, et une nouvelle idée émerge en France : celle de la tarification dynamique. Le président du syndicat Ekhoscènes, Olivier Darbois, réélu récemment, n’a pas hésité à aborder ce sujet « sans tabou », affirmant qu’ignorer cette possibilité « serait même une erreur ». Pourtant, cette approche est loin de faire l’unanimité dans d’autres pays où elle est déjà en vigueur, suscitant critiques et plaintes de la part des consommateurs.
La tarification dynamique ou dynamic pricing, c’est quoi ?
La tarification dynamique, ou dynamic pricing, est un modèle qui ajuste le prix des billets en fonction de la demande. Plus la demande pour un événement est forte, plus le prix des billets augmente en temps réel. Déjà appliqué dans divers secteurs comme celui des billets d’avion, ce système pourrait-il débarquer dans l’univers français de la billetterie de spectacles et de concerts ?
Olivier Darbois, tout en reconnaissant les inquiétudes suscitées par cette pratique, affirme que « ne pas l’aborder – alors que d’autres pays la pratiquent déjà – serait même une erreur« . Il considère que le système pourrait être adapté au marché français de manière à respecter les pratiques culturelles locales tout en permettant une meilleure gestion des prix et une réduction du marché noir.
La controverse autour du dynamic pricing
Si cette approche peut sembler innovante, elle est également source de nombreux débats. En effet, dans les pays où elle est déjà en place, le dynamic pricing a souvent été pointé du doigt pour son impact sur les consommateurs, provoquant des hausses de prix importantes.
Un exemple frappant vient du Royaume-Uni, où la reformation du groupe Oasis et l’annonce de leur tournée ont déclenché une vive controverse. Des billets initialement mis en vente à environ 150 livres ont rapidement grimpé à près de 400 livres, provoquant la colère de nombreux fans. Plusieurs centaines de consommateurs ont même porté plainte auprès du régulateur britannique, et une enquête parlementaire est actuellement en cours sur cette pratique. Le premier Ministre britannique a même abordé le sujet à la Chambre du Parlement, c’est dire les remous déclenchés… D’ailleurs, Coldplay, dans la foulée de cette controverse, a décidé de ne pas appliquer le « dynamic pricing » pour sa tournée en 2025… L’application de cette mesure est surtout en choix de la part des artistes.
Pour les défenseurs de ce modèle, comme Olivier Darbois, la tarification dynamique est un moyen de lutter contre les revendeurs et le marché noir des billets (ce qui n’est clairement pas le cas dans la pratique malheureusement…), où les prix peuvent atteindre des sommets bien plus élevés que ceux fixés par les organisateurs officiels. Ils estiment également que ce système pourrait permettre une meilleure répartition des places en fonction des différents publics et de leurs capacités financières.
Pour sa tournée américaine, Oasis a avoué qu’il ne mettrait pas en place le « dynamic pricing » car la demande sera folle et pourrait remplir plusieurs fois la salle donc le groupe ne voit pas l’intérêt de l’utiliser car tous les billets seront vendus… On marcherait donc presque sur la tête.
Le « dynamic pricing » en 2025, une solution pour la France ?
En France, le débat est encore naissant, et Darbois pense que la tarification dynamique pourrait être appliquée tout en tenant compte des spécificités culturelles françaises. « Nous connaissons notre territoire, les pratiques culturelles des Français, et nous sommes capables de faire du sur-mesure en fonction de nos publics« , a-t-il déclaré et comme cela a été rapporté par FranceInfo, ajoutant que cette méthode pourrait rendre les spectacles plus accessibles à certains segments de la population sans pour autant « tout encadrer ».
Il insiste sur le fait que le sujet mérite une réflexion approfondie, loin des clichés et des polémiques… Il y a franchement de quoi être sceptique car il n’y a que de mauvais retours pour les fans… Mais selon lui, l’introduction d’une tarification dynamique ne doit pas être vue comme une menace pour l’accessibilité culturelle, mais plutôt comme une opportunité de moderniser le système de vente de billets tout en réduisant les abus…
La tarification dynamique, une question sensible pour les consommateurs
Malgré ces arguments, le dynamic pricing reste une question sensible pour de nombreux consommateurs, qui craignent une augmentation excessive des prix pour des événements très populaires. Certains estiment que ce modèle, s’il n’est pas strictement encadré, pourrait rendre encore plus difficile l’accès aux concerts pour le grand public, surtout dans un contexte où les prix des billets de spectacles et de concerts sont déjà en forte hausse ces dernières années. Et où, Ticketmaster réserve déjà des billets pour ces catégories « Platinum », billets plus chers, moins demandés donc plus accessibles, dans toutes les catégories, mais ce sont surtout des tickets qui sont retirés du marché normal, réduisant les chances d’avoir ses places quand la demande est forte… C’est donc déjà un ersatz de dynamic pricing…
Alors que la pratique est encore relativement peu répandue en France, il sera intéressant de suivre l’évolution de ce débat et de voir si le marché français adoptera, ou non, ce modèle controversé que les pays qui l’appliquent déjà veulent abolir. Pour le moment, l’ouverture de cette réflexion par le syndicat Ekhoscènes et Olivier Darbois marque une étape importante vers une potentielle transformation du paysage des concerts et des spectacles vivants en France. Affaire à suivre donc.
